Café littéraire, espace de rencontre
Avec les auteurs et leurs textes
En partenariat avec la
Vous invitent aux lectures/spectacles suivantes
Les Jeudi 8 et 15 mai à 21 heures :
On n'y voit rien, de Daniel Arasse
Mise en lecture d'Hervé Dubourjal avec Hervé Dubourjal et Brigitte Boucher (1 heure 10)
« - Une pin-up ? - Et rien d’autre. Une pin-up purement et simplement. - Tout dépend de ce que vous voulez dire par là. - C’est simple, une belle femme nue… enfin, plutôt son image. L’image d’une femme nue, censée exciter l’homme qui la regarde, une image de femme objet sexuel. - La Vénus d’Urbin, du Titien, une pin-up ! Vous alors ! »
Un autre regard sur la peinture, ludique et passionnant !
Vendredi 9 mai à 21 heures : A la table des mots
Mise en lecture de Céline Duhamel, avec Céline Duhamel et Pierre Forest ( 1 heure).
En ces temps de "fast food, speed dating", cette lecture-spectacle s'inspire avec humour et sensualité de la littérature culinaire : l'Art de la table et des mets à travers les siècles.
Un homme invite une femme pour un surprenant repas ! Le menu est exclusivement composé de mots. Elle se régale, surprise par le goût de cet échange. Nul doute que cet étrange festin les rapproche. De la règle de saint Benoist en passant par Flaubert, Hildegarde de Bigen, Ronsard, Cocteau ... l'auditoire découvre histoires et légendes qui font saliver !
A découvrir également, le nouveau spectacle de la Compagnie ALLEGRIA
Jeudi 22, vendredi 23 et samedi 24 mai à 21 heures : Quelle heure est-elle ?
pièce de Christian Charmettant, adaptation de Nicolas Djermag, mise en scène
d'Anne Saubost avec Louis-Jean Corti et Nicolas Djermag (1 heure 10)
André et François ne se connaissent pas et pourtant… L’un habite au-dessus de l’autre et porte ses angoisses ! Ils sont amoureux, anxieux, guidés par les divagations de l’attente amoureuse. Ils vont quitter le monde du réel pour voyager dans celui des signes, aux frontières de la paranoïa et de la schizophrénie. Entre 20 h 28 et 20 h 32, la colère, l’abattement, la culpabilité, la conviction de l’abandon, la résignation, la vengeance et enfin le combat de la dernière chance se succèderont…
LA PARTICIPATION FINANCIERE EST LAISSEE A L APPRECIATION DE CHACUN A L ISSUE DES REPRESENTATIONS
l’Ogre à Plumes
49-51, rue Jean-Pierre-Timbaud
75011 Paris métro : Oberkampf
Tél. : 01.48.06.64.39
http://www.logreaplumes.com/pages/indexpag.html
Retrouvez Louis-Jean Corti

sur scène dès le 10 mars 2008 dans "Cette nuit" à l'Etoile du Nord
L'histoire
De nos jours, dans une ville en Suisse, se réunit une petite communauté russe pour accueillir l’héritier de la richissime famille Stavroguine, Nicolas. Cette modeste et apparemment inoffensive communauté est traversée par une idée forte : que les Russes vont enfin trouver et affirmer leur mission au sein de l’Europe, au sein de la planète même, en fondant le mouvement des kamikazes orthodoxes, seuls selon eux à pouvoir tenir tête à leurs homologues musulmans qui rendent le monde occidental vulnérable.
Le porteur en chef de cette idée est Piotr Verkhovenski, ami et adorateur de Nicolas Stavroguine. Piotr prépare Nicolas à devenir chef de l’État russe. Le premier acte kamikaze est envisagé pour la nuit même, devant l’ambassade du Pakistan. Cette nuit retrace la mise en oeuvre de cette folie destructrice à l'issue désastreuse pour tous.
Création de Maria Zachenska, variations autour des Possédés de Dostoïevski. Par la Compagnie Parallèles.
Les Possédés de Dostoïevski
Le 21 novembre 1869, Ivanov, étudiant agronome et membre d’une société secrète dite « Vengeance populaire » dont l’organisateur est Netchaev, est assassiné près de Moscou par ce Netchaev même, aidé de quatre étudiants, appartenant comme Ivanov à une cellule de la Société. Ivanov s’étant désolidarisé de sa cellule secrète, Netchaev a décidé de le supprimer. L’assassinant avec la complicité des quatre autres membres, il les compromettait et les liait à son propre destin. La police découvre le corps d’Ivanov dans le fond d’un étang proche de l’Académie et, tandis que Netchaev disparaît à l’étranger, ses disciples sont traduits en justice.
Dostoïevski, à ce moment même, vit à Dresde : malheureux, guéri de la roulette, mal guéri de la perte de sa petite Sonia, mécontent de l’Idiot, détestant l’Allemagne Tourgueniev et lui-même. Son seul contact avec la Russie naît de la lecture des journaux russes. Les journaux allemands, d’ailleurs, commentent, eux aussi, les actualités de la vie russe. Les uns et les autres lui apprennent le crime – qu’il aurait lui-même pu commettre il y a vingt ans, quand il acceptait de soulever le peuple et d’assassiner le tzar.
Il prend feu, saisit la plume. Il veut écrire un acte d’accusation. Autant contre sa propre jeunesse que contre Ivanov ; autant contre Netchaev que contre ceux qui jadis avaient entraîné à la révolte le jeune Dostoïevski. Il va clouer au pilori trente ans de la pensée sociale russe. Mais c’est moins simple qu’il ne le croit.
Le petit pamphlet gonfle sous ses mains, le scénario limpide du départ devient une chronique de monstrueuses machinations ramifiées à l’infini qui joue de la vie des gens. Le profit de la culpabilité, le suicide idéologique sans conviction, le débordement calculé de la violence défilent dans ce roman-fleuve gorgé de pourritures. Le livre devient mon Faust*, le livre de tout ce pour quoi j’ai vécu*, portant en exergue le poème de Pouchkine : les Démons, auquel il emprunte le titre.
* citations des carnets de Dostoïevski
Des Possédés à Cette nuit
Il ne passe pas un jour sans que les médias nous rapportent quelque récit ou image d’un acte terroriste kamikaze – d’un attentat suicide. Sans prétendre apporter des réponses dans mon texte, j’essaie d’imaginer le fond philosophique individuel menant à une pareille action. Je n’ai pu m’empêcher de le discréditer ; le sacrifice d’une vie pour une idée, à l’heure actuelle, dans la société actuelle, m’est insoutenable.
Je pense bien sûr, avec frisson et admiration, à Jan Palach qui s’est immolé à Prague et dont la mort est devenue une légende très importante traversant les décennies du communisme comme le flambeau du refus de l’occupation et du désir de liberté. Mais du suicide de Jan Palach, j’ai retenu également sa seule parole qu’il a laissée, une fois transporté à l’hôpital, n’étant plus que douleur et cris : « Ne le faites pas », à l’adresse d’autres étudiants inscrits sur la liste de volontaires qui, chaque jour, devaient s’immoler jusqu’à ce que l’occupation soviétique cesse.
J’ai lu Les Possédés au moment de la chute du mur de Berlin, c’était également le temps fantastique de la révolution de velours en Tchécoslovaquie. En le lisant je comprenais pourquoi ce livre était quasiment interdit, c’est-à-dire introuvable à l’époque communiste. Mais je trouvais aussi que le roman était tout de même plus complexe que cela, il refusait bien sûr le totalitarisme mais parlait avant tout du chaos philosophique qu’amène toute rupture avec une société installée et acceptée depuis un certain temps. Il est au coeur de ce chaos et nous raconte l’espérance, la folie, la perte de repères et la fatigue qu’il engendre.
Je me sens en pleine folie, espérance, perte de repères et fatigue et je le ressens tout autour de moi. Les Possédés de Dostoïevski se sont imposés à moi et je les vois se dérouler aujourd’hui.
Je n’avais pas du tout envie de les monter en redingotes et jupes longues et de mettre dans le programme que « malgré que le monde ait changé c’est très actuel ». Ainsi, l’histoire racontée par Dostoïevski nous la vivrons ici en 2008, en Suisse, dans une petite communauté russe. Cette petite communauté, et spécialement russe, m’a permis de mettre en place l’idée nouvelle imaginaire qui gagne les coeurs. La Suisse, la Russie, terres énigmatiques de l’Europe. Et nous voici, libres dans l’histoire.
Maria Zachenska